À deux pas et une année lumière de là

La relativité restreinte en zone péri-urbaine

Benoit Bories

Prix Avatar + Phonurgia Nova 2025

Résidence

7 au 18 septembre 2026

Performance

11 septembre 2026 · 19h

Studio d’essai de Méduse

À deux pas et une année lumière de là est une performance sonore immersive qui se situe à la jonction de l’essai documentaire et de la composition acousmatique, électronique et paysagère. L’œuvre propose un voyage sonore où deux mondes, en zone péri-urbaine, se côtoient. En parcourant la commune de Labège, l’artiste a été immédiatement saisi par une frontière nette délimitant deux modes de vie qui ont leurs propres rapports au temps. L’un est technologisé, industriel et configuré pour la mobilité rapide et la consommation; l’autre est lézardé de chemins de traverse encore sauvages où tout invite à la flânerie. Bien que les deux paysages soient limitrophes, le passage d’un à l’autre exige une année lumière d’adaptation sensorielle et la transformation totale de notre lien avec l’environnement!  

C’est précisément cette expérience singulière que l’artiste cherche à exprimer par la composition sonore et sa diffusion spatialisée. L’œuvre confronte progressivement ces deux mondes avant de s’hybrider en les entrelaçant. Tout au long de l’écoute, l’auditeur rencontre des habitants, des passants quotidiens de ces territoires, dont les gestes et les récits racontent le rapport au temps et la relation sensible à un paysage rural qui semble en voie de disparaître.

En concert, le public est installé au centre d’un dispositif sonore immersif. L’artiste joue sur le plateau avec des instruments MIDI et une scénographie reconstituant une ville à échelle réduite. Celle-ci se transforme au cours de la performance avec l’apparition d’objets sonores connectés, constituant un décor avec lequel il improvise. Peu à peu, la ville se développe, se “technologise” pour s’effacer ensuite et laisser place, en fin de la performance, à des éléments naturels.

Au cours de sa résidence à Avatar, Benoît travaillera  la scénographie et les gestes instrumentaux de sa performance, notamment par la création et la calibration d’instruments MIDI à l’aide d’objets connectés et de capteurs et par l’ajout de textures par le biais de micros-contacts et électromagnétiques. Il veillera également à remixer la spatialisation des versions pour différentes configurations de diffusion (8.1 en salle et 14.2 en extérieur).

Le projet s’inscrit dans la continuité d’une recherche artistique initiée par Bories en 2017 autour de la question d’«habiter un pays», pensée comme réflexion paysagère globale. Ce paysage qui l’inspire est à la fois végétal, animal, géologique, hydrologique mais aussi humain et social. 

Alors que les œuvres précédentes de l’artiste portaient sur des transitions douces ou des ruptures nettes sans cohabitation possible entre différentes cosmogonies sonores, ce nouveau projet, justement sous-titré La relativité restreinte en zone péri-urbaine, explore un cas de transition-cohabitation entre deux espaces sonore, tout hybridant les éléments méthodologiques de ses projets antérieurs.

En parcourant la commune de Labège, on est saisi immédiatement dans notre lien au paysage par l’aspect très clair d’une délimitation, celle d’une frontière délimitant deux modes de vie avec leurs propres rapports au temps. L’une est constituée de grandes artères et se parcourt en mobilité rapide. On y vient pour effectuer des tâches précises : consommer, travailler. Les espaces ne sont pas prévus pour le passant qui s’attarde sans desseins préconçus. Ici tout semble être fait pour une gestion par GPS. L’autre est un centre-bourg aux allures de petit village tranquille. C’est un espace inattendu après avoir traversé le premier. Arrivé là, tout nous invite alors à la flânerie.

En quelques kilomètres de distance, notre approche sensorielle du paysage se retrouve confrontée à deux référentiels diamétralement opposés : la vitesse et l’effervescence d’un trop plein d’un côté, des rythmes lents et aux fortes profondeurs de champ d’un autre. Pour qui n’a pas l’habitude, il est nécessaire de prendre un temps pour laisser s’acclimater ses oreilles et retrouver toute la finesse de son audition afin d’être présent au monde qui nous entoure. Traverser la frontière implique de se raccorder à un nouveau rapport au temps. Si nous comparons notre petite échelle à celle de particules en mouvement, nous pouvons parler d’un phénomène de relativité restreinte humaine. Utiliser ce terme nous permet de mieux comprendre, assimiler les sensations de distorsion du paysage, et notamment sonore, que nous ressentons.

Malgré leur opposition et leur rapport au temps, ces deux mondes coexistent pourtant, se côtoient et rentrent en interaction l’un avec l’autre. Mais cet état d’entremêlement est transitoire, fragile et en constante évolution car de nouveaux grands projets urbains sont en cours. A deux pas et une année lumière de là est née de la volonté de capter les matières sonores relatives à cet état en transition pour en proposer une écriture sonore musicale et poétique.

Cet état de transition n’est pas récent même si les bouleversements à venir sont importants en rapport à l’histoire de la commune. Le paysage et les petits gestes du quotidien pour l’habiter n’ont cessé de se modifier depuis cinquante ans. Malgré ses allures paisibles, le centre-bourg n’est plus un village comme on pourrait s’y attendre en milieu rural. L’habitat est certes ancien mais les commerces d’antan ont été déplacés vers les premières zones d’activité dès les années 80. L’acte d’habiter n’a cessé de muter depuis. Nous sommes ici en zone péri-urbaine. A deux pas et une année lumière de là est aussi un essai de création sonore faisant résonner de façon sensible 50 ans de politique urbaine dans une grande agglomération française. A deux pas et une année lumière de là s’inscrit dans la continuité d’un travail de recherche artistique initié en 2017 où j’ai commencé à élaborer un formalisme d’écriture sonore pluriel autour de la question de « habiter un pays », pensé comme une réflexion paysagère globale. Cette « géographie du sentiment » (Guinaud, 2020) pose une façon d’écouter le monde. Gaston Bachelard l’appelle « liaison métaphysique avec le lieu », située dans une « perspective relationnelle » (Deuleuze et Guattari, 1980). Ce paysage est à la fois végétal, animal, géologique, hydrologique mais aussi humain, social. Au fil des saisons qui rythment la vie, certains gestes liés à des savoir-faire se reproduisent selon des rituels où se comprennent beaucoup de choses quant aux liens se jouant sur un territoire. 

Mes œuvres précédentes ont raconté des liens au pays relatifs à des transitions douces, des mondes ruraux où le rapport au sauvage est prégnant par exemple ou à des situations de ruptures nettes, provoquant le passage d’un état à un autre sans possibilité de cohabitation. La relativité restreinte en zone péri-urbaine, sous-titre de l’œuvre sonore en projet, illustre que nous sommes dans un cas de transition-cohabitation. A deux pas et une année lumière de là combinera l’ensemble des éléments méthodologiques appréhendés lors des projets précédents pour en proposer une hybridation.

Cette résidence est le fruit d’une collaboration entre Phonurgia Nova et Avatar.
L’oeuvre est financée par la Maison Salvan (centre d’art contemporain à Labège), la DRAC Occitanie, la SACEM et Phonurgia Nova

À propos de l’artiste

Benoît Bories se définit à la fois comme artisan et artiste sonore. Il a réalisé des créations sonores narratives pour différentes radios publiques françaises et étrangères, tout en diffusant régulièrement sur le réseau de radios locales associatives françaises. 

Son activité en création sonore vient à l’origine du documentaire sonore. Elle s’est transformée avec le temps vers des productions plus hybrides alliant des formes empruntant à l’art sonore, la composition électroacoustique/électronique et au field recording tout en conservant une volonté de raconter l’universalité de certaines problématiques sociétales. 

Il enseigne la création sonore et la composition musicale à Phonurgia Nova, au master de création documentaire CREADOC à Angoulême, à l’Ecole Documentaire de Lussas, à l’Ecole des Beaux-Arts de Montpellier et intervient auprès de plusieurs festivals d’art sonore internationaux et structures de productions audiovisuelles à l’occasion de workshops.

Depuis 2016, il élabore principalement des créations sonores pour le spectacle vivant, des installations et des performances live hybrides. Il a collaboré avec plusieurs festivals et lieux culturels pour ses performances et participe régulièrement à des résidences artistiques à l’étranger. Ses créations ont remporté plusieurs prix et mentions à l’international.

Avatar, centre d’artistes en art audio et électronique
Ouvert du mardi au jeudi, 9h à 16h

Téléphone : 418-522-8918
541, rue Saint-Vallier Est 
Bureau 5-62
Québec (Québec), G1K 3P9, Canada